Décoder les noms des asanas en sanskrit

L’enseignant annonce « Parivrtta Ardha Chandrasana » et la salle hésite. Quelques personnes regardent autour d’elles pour voir ce que font les autres. Le nom arrive comme une longue suite de syllabes inconnues, quelque chose à imiter plutôt qu’à comprendre.
Cependant, ces noms ne sont pas des étiquettes arbitraires. Ce sont des descriptions, et souvent des instructions. Parivrtta signifie tourné, en torsion. Ardha signifie demi. Chandra signifie lune. Asana signifie posture. Remettez les mots ensemble et vous obtenez la Posture de la demi-lune tournée — exactement ce que le corps est invité à faire. Dans cet article, nous allons décomposer ces noms mot à mot, examiner le vocabulaire dont ils sont faits, et travailler une série d’exemples jusqu’à ce que le plus long d’entre eux devienne lisible.
Asana : le mot de la fin
Asana vient de la racine sanskrite as, qui signifie s’asseoir, être assis. Dans les Yoga Sutras de Patanjali, l’asana est le troisième des huit membres, et il est décrit simplement comme une assise stable et confortable — une position que le corps peut tenir assez longtemps pour que le mental s’apaise. Les centaines de postures physiques que nous pratiquons aujourd’hui sont apparues bien plus tard, à travers le Hatha yoga, mais elles ont gardé le mot.
Tous les noms de postures se terminent par -asana. Ce qui leur donne l’apparence d’un seul mot ininterrompu est une règle du sanskrit appelée sandhi : les sons qui se rencontrent à la frontière de deux mots fusionnent. Tada (montagne) plus asana donne Tadasana. Chandra (lune) plus asana donne Chandrasana. Dès que l’on s’attend à cette fusion finale, le reste du nom se sépare beaucoup plus facilement.
Les briques de base
La plupart des noms de postures sont assemblés à partir d’un ensemble de mots étonnamment restreint. Une quarantaine suffit à traverser un cours ordinaire.
Direction et orientation :
- adho — vers le bas
- urdhva — vers le haut
- utthita — étendu
- supta — allongé, couché
- parivrtta — tourné, en torsion
- parsva — côté, flanc
- ardha — demi
- baddha — lié, attaché
- salamba — soutenu (et niralamba, sans soutien)
- prasarita — écarté, largement ouvert
- upavistha — assis
- ut- / uttana — intense, étiré
Les nombres :
- eka — un
- dvi — deux
- tri — trois
- chatur — quatre
- ashta — huit
Le corps :
- hasta — main
- pada — pied ou jambe
- angustha — gros orteil
- mukha — visage, face
- janu — genou
- sirsa — tête
- bhuja — bras
- karna — oreille
- kona — angle
- danda — bâton
- paschima — ouest
- purva — est
Ces deux derniers méritent une explication. Le yoga se pratiquait traditionnellement face au soleil levant : la face avant du corps est donc l’est, et l’arrière du corps l’ouest. C’est pourquoi Paschimottanasana — la pince assise — est littéralement un étirement intense de l’ouest, c’est-à-dire de toute la chaîne postérieure.
Animaux et nature :
- svana — chien
- bhujanga — serpent, cobra
- kurma — tortue
- kapota — pigeon
- matsya — poisson
- ushtra — chameau
- garuda — aigle
- vrksa — arbre
- padma — lotus
- chandra — lune
- surya — soleil
- tada — montagne
- setu — pont
- sava — cadavre
Sages, dieux et héros : un groupe plus restreint de noms désigne une personne plutôt qu’une forme — Virabhadra (un guerrier redoutable créé par Shiva), Marichi, Matsyendra (le seigneur des poissons), Hanuman, Vasistha, Bharadvaja. Ces noms portent une histoire au lieu d’une description, et ne se décodent donc pas de la même manière. Gomukhasana se situe entre les deux : go signifie vache et mukha visage, et la posture est nommée d’après la forme que dessinent les jambes croisées.
Lire un nom, mot à mot
Tadasana
- tada = montagne
- asana = posture
Traduction : Posture de la montagne.
Le nom le plus simple possible — un mot et le suffixe. Debout, immobile, droit, enraciné.
Salamba Bhujangasana

- sa = avec
- alamba = soutien
- bhujanga = serpent, cobra
- asana = posture
Traduction : Posture du cobra soutenu, connue en cours sous le nom de Sphinx.
Salamba est l’un des mots les plus utiles à reconnaître, car il indique que la forme est portée par quelque chose — ici les avant-bras au sol. Le même préfixe apparaît dans Salamba Sarvangasana, la chandelle soutenue.
Ardha Uttanasana

- ardha = demi
- ut = intense
- tan = étirer
- asana = posture
Traduction : Posture de l’étirement intense à mi-chemin, appelée le plus souvent demi-flexion avant.
Uttanasana est la flexion avant debout complète. Ajoutez ardha et vous obtenez la version à mi-chemin, colonne allongée et mains aux tibias.
Prasarita Padottanasana

- prasarita = écarté
- pada = pied
- ut = intense
- tan = étirer
- asana = posture
Traduction : Posture de l’étirement intense jambes écartées.
Remarquez que pada et uttanasana ont fusionné en padottanasana — la même règle de sandhi, cette fois au milieu du nom et non à la fin.
Supta Kurmasana

- supta = allongé, endormi
- kurma = tortue
- asana = posture
Traduction : Posture de la tortue endormie.
Supta revient constamment, et c’est un signal fiable : vous serez sur le dos ou sur le ventre plutôt que debout. Supta Baddha Konasana, Supta Padangusthasana, Supta Virasana.
Parivrtta Ardha Chandrasana
- parivrtta = tourné
- ardha = demi
- chandra = lune
- asana = posture
Traduction : Posture de la demi-lune tournée.
Trois qualificatifs, et chacun modifie la forme. Chandrasana donne le croissant. Ardha en fait la demi-lune en équilibre sur une jambe. Parivrtta fait pivoter l’ensemble : la main opposée descend au sol et la poitrine s’ouvre vers le plafond.
Triang Mukha Eka Pada Paschimottanasana

- tri = trois
- anga = membre
- mukha = face, tourné vers
- eka = un
- pada = jambe
- paschima = ouest, l’arrière du corps
- uttana = étirement intense
- asana = posture
Traduction : Posture de l’étirement intense de l’ouest, sur une jambe, trois membres tournés vers l’arrière.
Cinq mots et un suffixe, et rien de nouveau là-dedans. Trois membres — le pied, le genou et la cuisse — sont tournés vers l’arrière, tandis que l’autre jambe s’étend devant dans une flexion avant sur une seule jambe.
L’ordre des mots
Les mots ne sont pas empilés au hasard. Ils suivent un ordre assez constant, du qualificatif le plus extérieur vers la forme elle-même :
- Variation ou rotation — ardha, parivrtta, utthita, supta, prasarita
- Soutien ou liaison — salamba, baddha
- Nombre et partie du corps — eka pada, dvi pada, hasta, janu, sirsa
- Le sujet — chandra, kapota, svana, kona
- asana
C’est pour cette raison que les noms se lisent de gauche à droite, comme une phrase qui se resserre à mesure qu’elle avance. Utthita Hasta Padangusthasana : étendu, main, gros orteil, posture. Eka Pada Rajakapotasana : un, jambe, roi, pigeon, posture. Une fois le schéma familier, un nom inconnu n’est plus vraiment un mur.
Une note sur la prononciation
Quelques repères approximatifs, proposés par un pratiquant et non par un sanskritiste. La longueur des voyelles compte : le a bref se prononce comme un e atone, tandis que le ā long s’ouvre comme le a de « pâte » — asana se dit donc plutôt AH-sa-na que a-SAH-na. Le th de Uttanasana ou de hatha est un t aspiré, jamais le « th » anglais. Et le ch de chandra se prononce comme le « tch » de « tchèque ».
Pour l’entendre correctement, écoutez un enseignant qui a étudié la langue et imitez-le. La lecture sur une page ne mène pas très loin.
Conclusion
Le vocabulaire est restreint et il se répète. Apprenez ardha, supta, parivrtta, eka pada et une douzaine d’animaux, et la plupart de ce que dit l’enseignant cesse d’être un son étranger à imiter pour devenir quelque chose de plus proche d’une consigne : tourné, demi, lune. Ce basculement vaut le petit effort d’apprendre les mots, car il change ce que vous êtes capable d’entendre en cours.
Pour le vocabulaire plus large du yoga, au-delà des postures, il y a le glossaire des termes du yoga. Pour les postures elles-mêmes, les articles sur les flexions arrière et les flexions avant listent chacune avec son nom sanskrit — de bons endroits pour s’entraîner à les lire.